Les technologies numériques mettent au jour une véritable révolution de nos émotions. Elles nous donnent la possibilité de jouir, ici ou là, de nouvelles capacités : tout dire, tout montrer et tout regarder. Elles nous donnent la capacité de dire notre amour, notre haine, notre joie, notre souffrance à l'autre. C'est une révolution. Il y a peu encore il était de rigueur de cacher ses émotions pour ne pas apparaitre faible - un peu trop humain. Cette obscénité, littéralement "ce qui ne doit pas montré sur scène" dit d'abord que nous sommes désormais capable de jouir non seulement de l'amour, de la joie mais aussi de la haine et de la peine. N'est-ce pas là le propre de Facebook ? 

Mais de quoi tout cela est-il le symptôme ? De l'expression tragique d'une souffrance individuelle ou bien d'une grande célébration de la vie ? Ce dont il est certain c'est que cette nouvelle capacité nous propulse dans une société de la transparence. Pourquoi ? La physique nous enseigne qu'il n'y a que la vitesse qui est capable de créer le vide, et donc la transparence. Et après tout, les technologies numériques ne créent-elles pas non plus de l'urgence, ce que nous nommons désormais l'actualité ? Tout s'actualise sans relâche à mesure que nous actualisons nos émotions. L'objectif de ce séminaire est d'analyser cette révolution des émotions et d'observer tout ce qu'elle implique en termes de nouvelles pratiques de consommation – sur les réseaux sociaux (selfies, commentaires, statuts, etc.) et aussi plus largement dans les domaines de l'écologie, de l'information et de la politique.