#3

un monde de fête

mon travail s'inspire des philosophies de Foucault, de Nietzsche, de Spinoza, de Deuleuze, de Derrida, notamment. Ces Noms sont pour moi de violentes déchirures. Ce sont des cris de vérité dont l'écho donne au jour une inquiétante étrangeté. Ils sont comme des revenants qui encombrent le monde des vivants. Des gêneurs qui perturbent l'élan de ce collectif triste qui court aveuglément derrière une promesse de bonheur – mais pour le moment, je crois, n'a pas d'autre réalité que sa propre fiction. Ces gars-là réconfortent rarement. Ils ne sont pas cet Alain. Ils ne ménagent jamais. Ils ne convient pas plus à se reposer dans l’un de ces jardins d'Athènes aux côtés de cet Épicure. Non. Ceux-là n'ont nul besoin d’un tel Éden pour provoquer l'étonnement sur "l'histoire du présent" pour être par-devers soi. Nul besoin d'attendre d'eux qu'ils tracent une route vers le bonheur. Eux recourent à l'expression indirecte. Ils constatent. Ils observent lucides. Ils sont voués à décevoir. Ils prennent un malin plaisir à éclairer la vanité de l'affairement pour le dérisoire, l'inconsistance de l'actuel et cette illusion qu’il puisse être si bien rempli. Ils rendent moindres les succès politiques, mettent au présent les lâchetés passées, humilient le manque d'engagement, dévoilent la médiocrité généralisée, ravivent l’odeur fétide des intérêts propres. Ces Noms hantent l'actualité. Ils sont les remords et les juges du présent. Je pourrais bien me laisser absorber dans l'ivresse de toute cette actuelle agitation et me laisser embarquer par le mouvement heureux de toutes ces initiatives citoyennes qui s'annoncent telle une poétique de la Cité idéale. Mais ce serait être sourds. Être sourds de tous ces cris que chacun pousse pour être entendu et reconnu, perdu dans l’épaisseur hostile du brouhaha des commentaires et des simulacres qui donnent l'illusion d'une vie bien remplie et pleine de prise de conscience et de participation. 

 

Toutes les pratiques des individus dans notre civilisation sont orientées d’une manière tout à fait inédite vers une volonté de dépasser le rapport malheureux que chacun entretient avec soi, le monde et les autres et qui produit une indéfinie mélancolie. Dans cette mesure là, être bien n’est plus seulement un chemin ni même un impératif contemporain, c’est aussi devenu un enjeu politique et un marché. En témoigne la prolifération de livres, de stages ou d’ateliers dont l’objectif est de se sentir bien.