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Pour faire simple, mon travail de recherche c'est une manière de dire "voilà ce que nous sommes devenus et à vous de voir ce que vous voulez en faire". Je ne fais que convier à penser autrement. Je conçois l'autrement comme une  invitation à aller par-devers soi, à ne pas réduire la pensée au déjà pensé, à rendre la pensée différente d'elle-même, afin de ne pas se contenter du constat d'un malaise dans notre civilisation et d'avoir le courage de notre responsabilité. 

Nous ne pouvons pas seulement nous contenter de faire le constat du malaise dans notre société. La complexité du monde actuel exige des solutions urgentes pour répondre aux défis qui s’imposent à tous et dont les enjeux n'ont jamais été aussi élevés. Mais inventer demain n’est pas une tâche aisée à un moment où le monde subit une dé-construction permanente des limites. Et ce n’est sans doute pas une tendance de passage.

Devant la rapidité avec laquelle les technologies impactent nos vies, il devient plus difficile de prendre le temps de la réflexion alors que nous sommes pris dans la vélocité de la sur-information, de l’hyper-consommation et de l’instantanéité. Que sommes-nous devenus ? Que voulons-nous pour demain ? Quels chemin emprunter ? Il faut prendre la mesure d'un tel questionnement car il exige de que nous prenions le temps de nous arrêter comme un voyageur s’arrête pour regarder ce que nous sommes devenus. Seule une critique audacieuse et authentique de ce que nous sommes aujourd'hui, peut nous permettre de répondre aux défis actuels. Sinon comment pourrions-nous être autrement que ce que nous sommes déjà ? 

Quand j'invite à penser autrement, je pars du principe où il y a toujours quelque chose qui se cache derrière ce que je vois. Et c'est là précisément qu'apparaissent les premières perturbations des évidences. Et alors on comprend que rien n'est fixé et que tout est permis, et que seuls notre volonté et notre imaginaire sont les seules véritables limites qui nous permettent d'inventer demain autrement . 

Ma démarche s'inscrit dans le prolongement de l'attitude des philosophes des années 1960, notamment Foucault, Deuleuze, Derrida, Merleau-Ponty, Canguilhem, et de ceux qui les ont précédé, en particulier Nietzsche et Spinoza. A partir de là, j'interroge notre société à partir de ce que nous considérons comme la normalité et qui n'est à mon sens qu'une limite. C'est-à-dire que la vie, c’est l’invention et ce n'est pas la normalité. 

 

Ce que l’on appelle la normalité, c’est une manière d’annuler cette invention et de réduire le cours de la vie en limitant sa créativité à des normes dont on ne peut plus sortir. Trouver des réponses aux problèmes actuels, et dont les enjeux n'ont jamais été aussi élevés, exige de ne pas rester ce que nous sommes déjà, de ne pas réduire la pensée au déjà pensé.

Il faut explorer par-devers ce que nous sommes et tenons pour acquis. C’est un geste inaugural, selon moi. Il faut aujourd’hui se réapproprier ce geste et pour cela dépasser la logique disciplinaire actuelles des gestionnaires. S’il existe des hommes normaux, c’est parce qu’il existe des hommes normatifs ; et donc, s'il existe des anormalités c'est aussi parce que ces hommes normatifs existent. 

La normalisation crée une incarcération alors même que la vie devrait être un espace de liberté irréductible où il devrait être possible de s’inventer non pas sans normes mais avec authenticité.

Si nous voulons trouver des solutions urgentes aujourd'hui pour demain, alors il faut mener cette entreprise de dénormalisation, déconstruire tout ce qui passe comme naturel dans notre rapport aux normes. voilà le geste qui m’importe : Conduire la pensée au-dehors d’elle-même, de nos propres limites, la transporter par-devers ce que nous sommes aujourd'hui. 

C’est souvent en regardant ailleurs qu’on trouve quelque chose d’intéressant. Un peu comme pour un objet perdu sur lequel on finit par retomber au moment où on ne le cherche plus, à force d’avoir examiné tous les recoins en vain… Et dire qu’on l’avait sous le nez. Me situer ainsi à la limite du cadre des conventions a quelque chose de rassurant et de passionnant, car c'est ici, je crois, que nous trouverons une solution aux défis d'aujourd'hui et auxquels nous devons apporter des réponses urgentes pour construire demain. 

Aller par-delà ce que l'on tient pour acquis ou que l'on ne connait peut être déjà plus, c'est se donner les moyens de s’élever contre les représentations mélancoliques, réactionnaires et moralisatrices, aujourd’hui dominantes, et préférer cette invitation urgente à repenser de nouvelles formes de vie.