#1

monde de commentaire

Dans un monde où le commentaire a pris la place de la critique, où prendre le temps ça serait le perdre, où ce qui compte c'est moins de repousser les limites du savoir que d'identifier ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, où la démocratie préfère la tolérance à l'un-différence, ce n’est pas une tâche aisée. Aux prises de la vélocité mercantiliste qui caractérise notre époque, nous pouvons seulement nous contenter de voir ce qui est en train se produire. 

Et lorsque nous en prenons conscience, la situation n'est déjà plus la même. Elle n'est plus la même car le discours est sans cesse actualisé, anecdotisé. Le discours dans notre civilisation est devenu un objet, un objet de discours. Et c'est un problème. Lorsque le discours devient un objet, on ne l'observe pas pour l'interroger comme s'il disait quelque chose, on n'est plus en capacité de se demander comment il fonctionne, on ne peut que l'analyser, le décomposer. On ne peut que le commenter.

Il est assez facile d'observer que le commentaire a pris la place de la critique dans notre civilisation. Ça parleça cause et ça commente mais ça ne critique pas, ça s'étonne pas, et ça ne permet pas d'interroger le contenu du discours en termes de vérité, d'exactitude, de propriété. Or c'est essentiel car nous devons retrouver le souci de savoir jusqu'où il est possible de penser autrement, penser autrement que de la manière dont on pense déjà pour critiquer ce que nous tenons pour la réalité.