Le syndrome de pinocchio

Mentir, c’est mal. On nous l'a assez répété. Paradoxalement, mentir est quelque chose qui s'apprend au travers de l'éducation. L'éducation appelle au mensonge. L'enfant entend fréquemment qu'il ne doit pas dire ça aux gens, qu'on ne parle pas de ces choses-là, qu'il ne faut pas dire ça pour ne pas blesser, et. Peu à peu il intègre l'expérience du non-dit. C'est la première forme de mensonge. Ensuite, les choses se compliquent un peu. L'adulte passe pas mal de temps à de petits et de gros arrangements. Une situation parfaitement paradoxale aussi au moment où notre civilisation prône la transparence et préfère la présentation de soi à la représentation.

Qui n'a jamais menti ? Celui qui affirme ne jamais avoir menti ment vraisemblablement. Qu'est-ce qu'un mensonge ? Dans mensonge, il y a songe. Le mensonge est une illusion, c'est une affirmation contraire à la vérité.

Comment fonctionne-t-il ? Lorsqu'une personne ment, on se demande "pourquoi elle a menti ?". Notre première réaction quand on s'en aperçoit, c'est de lui reprocher son manque d'honnêteté. Mais est-ce si évident que ça ? Ne faudrait-il pas d'abord se remettre soi-même en question avant de la juger, de la sanctionner ou de lui pardonner ? 

Si l'on ment c'est toujours à quelqu'un. Certains rétorqueront "oui mais il se ment à lui même, il passe son temps à me mentir". Sans doute. Cependant, il faut comprendre qu'un mensonge c'est un acte de communication.

Comme tout acte de communication, le mensonge repose donc sur une construction sociale : le mensonge implique au moins deux personnes. Le menteur et la personne à qui il s'adresse. Comment ça fonctionne ?

D'abord il faut qu'il y ait une situation sociale propice au mensonge. Au départ, le mensonge nait du sentiment d'un manque de sincérité, de l'idée que l'on est en danger ou d'un manque de confiance en soi. Le mensonge est donc une adaptation émotionnelle. Une personne peut mentir pour se protéger :"je crois qu'il n'est pas sincère, il faut que je me protège au cas où".  Une personne peut mentir afin de préserver l'autre personne d'une situation qu'elle pense menaçante pour elle : "je lui ai menti pour ne pas la blesser". C'est la situation que l'on rencontre dans l'infidélité. Mais une personne peut également mentir pour son propre bénéfice mais aussi celui de l'autre : "je vais lui dire que j'ai passé une bonne soirée pour ne pas le décevoir, ça évitera qu'il m'en veuille". Donc si l'on ment c'est dans certaines circonstances et pour éviter d'avoir a subir un mal plus grand.

On a pu pardonner le mensonge mais la personne a continué à mentir. Ça s'explique par le fait que si le sentiment de menace perdure, que l'on ressent toujours le manque de sincérité de l'autre personne, que l'on a toujours peu confiance en soi ou que l'idée que l'on est en danger se maintient, alors, bien souvent, la liste des mensonges s'allonge.   

Une petite partie du cerveau, l'amygdale, est à l'origine du mensonge et ceux qui suivront peut-être. 

L'amygdale s'accoutume en quelque sorte aux mensonges. Elle fonctionne comme un système d'alerte. Elle est impliquée dans la détection du plaisir mais surtout l'amygdale décode les situations jugées menaçantes c'est-à-dire le sentiment que la situation est mauvaise ou immorale. Pour se protéger, elle produit les émotions de peur et d'anxiété. Lorsque l'on a le sentiment que la situation est menaçante c'est donc à cette petite partie du cerveau que l'on doit nos réactions. Plus ce sentiment d'être menacé s'installe plus le mensonge devient important. Pourquoi ? En quelque sorte, l'amygdale prend goût aux mensonges parce qu'elle est le principal moyen qu'elle connaît pour se protéger et se défendre dans ce genre de situations. Alors plus il s'installe, plus les mensonges deviennent nombreux. Des petits arrangements, on passe alors souvent à des mensonges de plus en plus gros. 

Pardonner celui qui a menti a donc finalement pas vraiment de sens. Il faut être capable de se remettre en question soi-même et comprendre que s'il a menti, c'est d'abord qu'il a réagi à une situation qu'il l'a affectée. Il faut donc être capable d'analyser sa propre attitude dans cette situation et reconnaître que l'on n'a vraisemblablement pas su apprécier sa sensibilité à un moment donné. 

 

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Yohan Gicquelbillet, actu